Billets d'humeur d'un cine-télé-spectateur
6 Novembre 2018
Les fictions de télévision
LA LEÇON ALLEMANDE
aux scénaristes et réalisateurs
des chaînes françaises
A propos du téléfilm "Un coeur sous la glace"
«À la suite de la mort de la fille de son amie, une mère s'enlise dans le mensonge pour protéger son fils...» (diffusé sur Arte le 13 août 2011 à 22h30 - pourquoi si tard?)
Glacial de réalisme
Arte (surtout) nous permet de découvrir des perles télévisuelles sur son collier de programme franco-allemand. Je ne cesse de remarquer la qualité, l’originalité, l’impertinence créative, le naturalisme au 1er degré de films dits «de télévision» (ou téléfilms) issus de la production allemande. Les sujets sont hors du commun de nos scénaristes contractuels de l’Hexagone, constamment campés, sauf exceptions, dans une routine fictionnelle destinée à plaire à un plus grand nombre - du «prêt à porter» (à l’écran)-, cousu «à la machine» sur des standarts parfaitement formatés et sans surprises...
Chez les Allemands, il n’y a pas de sujets tabous. Et quand un scénariste, un metteur en scène de l’image, s’empare d’un fil conducteur, il ne le lâche pas en chemin, ou ne lui fait pas des nœuds pour tordre le cou au politiquement incorrect. Je n’ai pas retenu les titres des nombreux téléfilms d'Outre-Rhin qui m’ont ainsi ravi - et surpris. Dans leurs fictions télévisuelles, les auteurs (de vrais auteurs et non pas des fabricants de storyboards), développent sans concession des histoires fortes et surprenantes, souvent très en phase avec la vraie vie.

Les interprètes de la mère et du père sont d'une authenticité sans faille. Le rôle du gamin de sept ans est joué par un acteur enfant d'une exceptionnelle finesse de jeu. Photo du dossier de presse
Les comédiens jouent «vrai», sans cabotinage, faisant de petits gestes «du quotidien» que nos réalisateurs français ignorent trop souvent. Ces «petits gestes» de la vie ordinaire crédibilisent le jeu des protagonistes, nous font entrer dans leur intimité. Trop exact. Trop quotidien. Ce n’est plus de la fiction, c’est nous, nous que nous observons (en voyeurs?), dans le miroir de la petite lucarne. Les dialogues sont tout aussi pertinents et justes. Les regards, les mimiques, les situations collent trop à «notre» quotidien pour que nous ne rentrions pas dans la fiction.
D’où l’efficacité narrative.
Une image sans concession ni m'as-tu-vu
Les scènes «d’amour» ne s’y trouvent qu’à bon escient et ne sont pas «clichés» ni obscènes. Paradoxalement, elles sont plus réelles: la nudité intégrale, fugitive et donc non indécente, prend le dessus sur les coïts habituels, galvaudés à outrance sur nos chaînes. Force d'un érotisme sobre et ordinaire.
Les enfants, si jeunes soient-ils, y incarnent de vrais gosses, à la fois attendrissants mais aussi dérangeants - par leur égoïsme, leurs «innocents» jeux dangereux, leur dureté naturelle et leur propension à la cruauté. Leur nudité physique n’est pas voilée si le scénario le justifie.

Dossier de presse
Les parents sont peints sans indulgence, à la fois aimants et un peu tortionnaires, faute de patience ou d’un sens inné de la pédagogie... Ce que sont presque TOUS les parents.
La mise en images (mise en scène et direction d’acteurs) sacrifie rarement aux clichés convenus, édulcorés, papier glacé de nos productions tricolores; les cadrages, joliment vus, ne sont pas «gratuits» et la caméra est utilisée pour écrire une ambiance, des émotions, une situation, et non pour affirmer qu'elle existe...
Les fins ne sont pas systématiquement «heureuses» («happy end» ) ni forcément «bouclées». Le «conflit» (ou trame fondatrice du scénario) ne sera pas automatiquement «résolu» en fin de diffusion... Le (télé)spectateur est mis au pied du mur et se retrouve sans épilogue. Comme dans la vie, les histoires conflictuelles ne s'achèvent pas aussi facilement! Dans «Un coeur sous la glace», le conflit n'est pas résolu et nous n'avons que nos yeux pour nous attendrir sur la solitude glacée du jeune Tim, qu'un travelling arrière nous éloigne, tandis qu'en son off, nous entendons les vociférations hystériques des parents qui s'engueulent...
Jonathan Olivier

Photo: dossier de presse
Un coeur sous la glace
Allemagne, 2005, 91mn
Réalisateur: Aelrun Goette
Musique: Martin Todsharow
Acteur: Adrian Wahlen, Bibiana Beglau, Dirk Borchardt, Nicole Mercedes Müller, Sandra Borgmann, Thorsten Merten, Barbara Focke, Barbara Focke, Susanne Lothar
Auteur: Thomas Stiller
Production: Eikon Media GmbH, RBB, SWR
Synopsis communiqué par Arte
Jenny, mère de famille heureuse, mène une vie tranquille avec son mari et son fils dans leur maison en bordure de la ville. Un après-midi, alors qu'elle rentre chez elle après avoir rendu visite à son amie Sandra, elle découvre son fils Tim visiblement bouleversé. Il l'emmène dans le bois, où le corps de Luzi, la fille de Sandra, gît dans la neige. Tout porte à croire que Tim est lié à la mort de celle-ci. Paniquée et prête à tout pour protéger son fils, Jenny lui fait promettre de ne rien dire, pas même à son mari Michael, le policier chargé d'enquêter sur l'affaire. Bientôt, le comportement de Tim, tourmenté par des cauchemars, se fait inquiétant...