Billets d'humeur d'un cine-télé-spectateur
15 Juillet 2017
Avec Jared Breeze

Visage d’ange
vengeance de démon…
Ce film américain (ne pas confonde avec « The Boy » de William Brent Bell sorti en 2016), est un véritable chef d’œuvre « du genre » ! De quel « genre » au juste ? Annoncé comme un film « d’horreur » ou fantastique, il n’est rien de tout cela car tout bonnement inclassable… D’abord, il faut le dire sans état d’âme et sans langue de bois, cette fiction est extrêmement réaliste – au centuple ! Film naturaliste à souhait (j’adore) avec une histoire, horrible s’il en est, très plausible dans son écrin d’horreur. De l’horreur ? Oui, il y en a mais pas de celle des films où l’hémoglobine et les tripes éclaboussent l’écran. Car l’horreur est dans l’évolution psychopathique d’un gosse beau comme un ange, très gosse, avec ses jeux plus ou moins « de mauvais goût », avec ses obsessions, avec ses frustrations d’amour filial.

Attention !
Un enfant peut en cacher un autre !
Dès après le générique de début, le décor est planté sur une sorte de lande déserte et sinistre, avec des montagnes au loin et un motel minable isolé au bord d’une nationale peu fréquentée. Sinistre et déprimant ce paysage où vit, depuis sa naissance, un jeune garçon (9 ans), aussi solitaire que demandeur d’amis. La mère a foutu le camp et il doit la remplacer en « faisant les chambres », sous les ordres d’un père aimant mais déboussolé. Puis, suite à l’un de ses jeux dangereux et quelque peu sadiques, le conflit très noir va s’installer dans la narration. Les évènements vont basculer, le gamin aussi…, lequel, nourri d’un imaginaire morbide et fasciné par la mort (toutes les morts, celles des animaux et celles des hommes) va inventer « sa » vengeance.

Je ne raconte pas les évènements, tous aussi surprenants les uns que les autres, qui se succèdent lentement mais sûrement, se greffant sur une corde où les nœuds dramatiques vont aller en empirant jusqu’au « climax » final.
La poésie de l’horreur ordinaire
La photographie, belle et sensible est tout en sobriété – en vérité, la mise en scène, le montage (Craig William Macneill est aussi monteur et cela se voit), jusqu’au moindre TRÈS gros plan, tout dans ce somptueux spectacle psychologique vous prend aux tripes, installant avec subtilité et un esthétisme sans fard une tragédie abominable.

L’enfant, magistralement interprété par Jared Breeze, crève l’écran de la première à la dernière image. Son interprétation lui a valu le titre de « Meilleur Acteur de moins de 10 ans » aux Young Artist Awards 2016. Le réalisateur, avec justesse et sans artifice, tire joliment profit de la frimousse craquante du gamin, de son charisme stupéfiant, de son regard à la fois innocent et glaçant. Le jeu du gosse est d’un naturel époustouflant pour des situations ô combien délicates ! La bande son, avec ses bruits naturels non trop appuyés et de brèves et rares plages musicales angoissantes et bien à propos mérite à elle seule toutes les louanges.
L’argument, inspiré d’une nouvelle, va droit au but grâce à une évolution inexorable bien portée par le scénario. L’anodin puéril va progressivement céder à l’horreur orchestrée par le jeune garçon. La crédibilité est totale puisqu’il n’y a rien de fantastique dans cette fiction qui est, finalement, l’illustration maîtrisée des résultats d’une dérive enfantine…, fâcheusement imputable aux protagonistes adultes. Nous avons là une sorte d’analyse sociétale du rapport conflictuel enfants-adultes, à la fois intemporelle et universelle…
Une fable pétrie de véracité

Curieusement, l’émotion que nous partageons avec le petit Ted nous amène à l’accompagner, être avec lui, pour le meilleur et pour le pire. La vengeance terrible du gosse sur les adultes, loin de révolter, va paraître totalement justifiée. L’ultime réplique de Ted est d’une éloquente signification : quand seuls deux mots méritent d’entrer dans l’anthologie du cinéma !
Dernière image : Ted est seul parmi les sauveteurs… Non, pas tout-à-fait, je suis à ses côtés.