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Billets d'humeur d'un cine-télé-spectateur

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Tour d'écrou... petits diables à têtes blondes

Le tour d'écrou

adapté pour la télévision par Tim Fywell

régulièrement (re)diffusée à la télé

 

où les petites têtes blondes

vous font

frémir de peur...

 

captures d'écran 

 

 

Présentation publiée sur le site d'Arte en février 2012:

 

"Une nouvelle et singulière adaptation du célèbre conte fantastique de Henry James, transposé au lendemain de la Première Guerre mondiale.
 

Londres, 1921. Dans un hôpital accueillant les blessés de la Grande Guerre, un médecin tente de soigner une jeune femme à la fois mutique et frappée de terreur. Un matin, elle parvient à articuler "J'ai vu le diable" et commence son récit. Quelques mois plus tôt, Ann a été engagée par un riche aristocrate pour s'occuper de ses deux neveux orphelins, Miles et Flora. Arrivée dans le vieux manoir familial, la gouvernante découvre son nouveau rôle et la petite Flora. Bientôt, plusieurs apparitions inexpliquées sèment le trouble dans son esprit. Le malaise ne fait que croître lorsque Miles, renvoyé du pensionnat, rentre au domaine. Ann se demande si les enfants ne subissent pas une influence maléfique. Elle apprend que la précédente gouvernante, Emily Jessel, et son amant, le sinistre Peter Quint, régisseur du domaine, sont tous deux morts dans des circonstances étranges..."

 

Puritanisme contre dépravation

 

Un film d'une splendide beauté esthétique, au scénario aussi surprenant que troublant, admirablement interprété (notamment par Michelle Dockery°/Ann et Josef Lindsay/Miles) qui envoûte le (télé)spectateur pour l'enfermer dans un huit clos diabolique. La magie (noire) de ce film hors du commun vous frappe sans pitié. Ayant vu trois fois en dix-huit mois cette perle de la production "d'épouvante" ou "fantastique" de la BBC, adaptation personnelle du récit de Henry James paru en 1898, et ayant fait l'objet de nombreuses transpositions cinématographiques ou pour la télévision, je ne cesse d'en redemander! Ce film est d'une efficacité sans faille. Le sujet se prête à bien des arrangements: il s'agit d'y causer de la mauvaise influence des êtres sur les autres, de l'emprise du "mal" (ou de l'amoralité), façon satan, sur les enfants, habituellement regardés comme d'innocents angelots... La "perversion" stigmatisée d'un louche individu dépravé à l'extrême, violent, qui se met dans la manche ou maintient sous sa coupe tout le personnel féminin d'un château, en associant à ses ébats le jeune garçon du domaine, jusqu'à vouloir le posséder après sa mort pour vivre sa débauche à travers lui, est confronté au puritanisme bigot pathologique d'une jeune femme aussi courageuse que perturbée, et dont on ne peut blamer l'affection désintéressée et protectrice qu'elle porte au neveu et à la nièce de son maître.

 

dossier de presse du film © BBC

 

Un sujet qui dérange et engendre des films a scandale

 

Voilà une fiction (et ce n'est pas la seule) où l'angélisme mythique et la pureté° attribuées à l'enfance sont mises à mal (à mâle pour ce qui est du jeune Miles)! Sous couvert d'une "possession" du garçonnet par le pervers Peter Quint, la narration ôte le voile sur la curiosité charnelle qui pousse Miles à se dévergonder... La notion moralisatrice (portée par la jeune gouvernante qui est fille d'un pasteur puritain) et l'attribution des penchants de Miles à l'emprise du diable, permet de "dédouaner" les penchants dépravés du jeune garçon. On peut faire deux lectures de ce genre de récit. Au cinéma, les engagements amoraux des enfants sont abordés de front dans "La petite"° (1978) et "Le souffle au cœur"° (1971) de Louis Malle°. "La luna"° (1979) de Bernardo Bertolucci° aborde, tout comme chez Malle, les émois charnels d'un garçon de 15 ans à destination de sa mère... 

 

Sur un registre autre, mais comparable, Peter Brook, dans son film d'anthologie "Sa majesté des mouches met en scène avec maestria et sans fard (malgré les masques de peintures sur les visages des mômes!) la violence hallucinante de mignons enfants de chœur! Eux aussi seraient possédés par quelque force surnaturelle malveillante (Belzébuth là encore).

 

Un diable qui a... bon dos!

 

 

L'option choisi par Tim Fyvell° s'éloigne, paraît-il, de l'essence du récit original dont il s'inspire. Je n'ai pas encore lu le livre mais je ne vais pas manquer de me le procurer! Le parti pris de Fyvell, un peu brouillon, semble être celui de la folie et des obsessions sexuelles de la protagoniste principale. Au tomber de rideau sur le manoir, on ne sait, finalement, si c'est du lard ou du cochon: les évènements effrayants que le spectateur a vus sont-ils réels, surnaturels, ou simples hallucinations de la jeune gouvernante frustrée d'amour charnel?

 

Le tour de force de Tim Fyvell

 

Mais cette difficulté - ou plutôt ce questionnement -, ne ternit pas le plaisir que l'on peut trouver dans ce téléfilm qui atteint son objectif: transporter le spectateur dans un univers mystérieux, fantastique, effrayant...Le thème des enfants possédés par le diable ou des démons est régulièrement exploité au cinéma. La force de ce Tour d'écrou réside dans la lente montée des interrogations, la révélation progressive et insidieuse des dérives à peine dissimulées du garçonnet et de la fillette, avec un naturalisme qui crédibilise les personnages jusqu'au bout des ongles. Les enfants du manoir sont-ils conscients de l'emprise du diable? y prennent-ils plaisir? ont-ils la réelle volonté de s'en défaire ou s'y complaisent-ils comme, somme toute, les enfants se complaisent à l'exploration du "mal"?

 

captures d'écran

 

Décors (le manoir), costumes, éclairages, bande son, interprétations, plans du ciel orageux, pleine lune, cimetière: les amateurs de films "de hantise" y trouvent tout cela, avec une photographie belle et efficace. L'esthétique se marie admirablement à l'horreur de l'argument.

 

Le jeune Josef Lindsay, qui incarne le garçon Miles, point de mire du diabolique revenant, est dirigé de main de maître par Fyvell: pas facile de mettre en scène un enfant dans des situations aussi scabreuses et traumatisantes° sans trahir les artifices utilisés pour un tournage quand il s'agit précisément de faire jouer un enfant. Ce garçon a une finesse de jeu époustouflante qui ne fait qu'accentuer l'atmosphère dérangeante du film.

 

Finalement, je regrette les scènes intermédiaires d'hôpital psychiatrique, qui viennent casser l'ambiance, au motif de proposer une explication psychanalytique à l'irrationnel...

 

GF

 

Fiche technique et artistique communiquée par Arte

 

Royaume Uni (2009)

durée 89mn
réalisateur Tim Fywell
avec Corin Redgrave (Le professeur), Dan Stevens (Dr. Fisher), Edward MacLiam (Peter Quint), Eva Sayer (Flora), Josef Lindsay (Miles), Mark Umbers (L'oncle), Michelle Dockery (Ann), Nicola Walker (Carla), Sarah Buckland (Diane), Sue Johnston (Sarah Grose), Wendy Albiston (Baines)

 

auteur Sandy Welch
Image Tony Miller
Musique John Lunn

Costumier Charlotte Walter
Production BBC Drama Productions, BBC Productions
Producteur Colin Wratten

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Production BBC Drama Productions

Production BBC Drama Productions

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