Billets d'humeur d'un cine-télé-spectateur
12 Novembre 2017
flashback
Les femmes du 6ème étage
Au bonheur des bonnes
Voilà un film atypique, une comédie originale, qui stigmatise avec humour les clivages de la société, toujours actuels (en 2017) malgré le contexte historique (les années 60, année du Grand Charles). On y voit l'éveil à la vraie vie d'un bourgeois du 16ème, coincé par convention dans son milieu social, subi plutôt que voulu. D'aucuns, parmi les plumitifs de la critique, parlent de caricature... Eh bien non! messieurs les hypocrites - ou aveugles -, les femmes du 6ème existent bel et bien et leurs patrons-patronnes - à vomir - aussi!
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Exquise habileté de sieur Philippe le Guay, le réalisateur et scénariste (avec Jérôme Tonnerre) que de tourner cette fiction "datée", sans l'air d'y toucher, produisant ainsi une véritable peinture sociale de la condition des femmes de ménage et autres bonnes de la haute... Et que l'on ne me dise pas que tout cela est du passé!
Revenons-en au film. Voilà donc un bourgeois bien nanti (Fabrice Luchini), flanqué d'une épouse aussi futile qu'inconsciente (Sandrine Kiberlain), qui découvre tout soudain que la vie qu'il mène est aussi insipide qu'égoïste, déconnectée des réalités, en rupture avec les passions... Et ce sont des bonnes, des Espagnoles déracinées momentanément de leur pays d'origine bridé par Franco, qui vont lui faire connaître le bonheur - le vrai pas le factice, pas celui du du fric et du paraître.

Prodigieuse Sandrine Kiberlain, une exquise bourgeoise victime de ses frivolités
"Je n'ai jamais eu une chambre à moi!"
"Je n'ai jamais eu une chambre à moi, confie aux domestiques notre agent de change. Quand j'étais gosse, j'étais en pension, puis ça a été l'armée puis le mariage..." et de se réjouir de posséder enfin "une chambre bien à lui", une modeste pièce du 6ème étage, normalement dévolue à la domesticité, et accessible par l'escalier de service. Il revit. Il redécouvre les sentiments vrais, les émotions simples, la joie spontanée, le partage, l'amour...

Copyright Thibault Grabher
Des fils de bourges médusés!
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Il ignorait jusque-là que les chambres de bonnes ne disposaient d'aucune commodité: l'eau courante est dans le couloir ainsi que les WC - et ceux-ci sont infects parce que bouchés! Pas de chauffage. Des bonnes condamnées à l'enfermement sinistre entre 22 heures et 6 heures du matin! Sinistre? Pas tout-à-fait. Car nos femmes du 6ème savent vivre gaiement leurs heures de liberté! Elles plaisantent, rient, espèrent, partagent leurs joies et leurs peines, la nostalgie du pays qu'elles savent qu'elles retrouveront un jour. Tandis que la bourgeoise, en fin de journée, se plaint d'être épuisée d'activités, elle qui a aligné les rendez-vous pour sa pédicure, sa couturière, le restaurant chic puis l'achat des gâteaux pour le thé, la bonne (Natalia Verbeke) ne se plaint pas, s'étant pourtant levée à 6 heures et terminant ses journées à 22 heures...

Copyright Thibault Grabher
Jean-Louis Joubert va ouvrir les yeux sur cette injustice et aimer une femme admirable d'abnégation et responsable. La libération de Jean-Louis va se faire grâce à sa bonne espagnole. Et son épouse n'y aura rien compris - ou tout au plus, n'aura qu'entrevu la vérité de son état à elle. Quant aux grands garçons du grand bourgeois, ils vont, eux aussi, ne pas en croire leurs yeux, quand leur "vieux" va s'acoquiner, en mâle libre et heureux, avec l'infréquentable domesticité !
Le scénario est du cousu main. La mise en scène est parfaite. Le rythme, la bande son, la musique, la direction d'acteurs sont impeccables! Un sans-faute. Quant aux comédiens: tous excellents et impressionnants de crédibilité. Luchini tient là probablement l'un de ces meilleurs rôles et ses partenaires féminines, premier ou seconds rôles, sont époustouflantes de crédibilité, de talent, de charisme! Les comédiennes espagnoles sont éblouissantes, Natalia Verbeke et Sandrine Kiberlain crèvent l'écran.
Avec The Artist, ce film a été pour moi le meilleur du cru 2011.