Billets d'humeur d'un cine-télé-spectateur
29 Juillet 2016
L'ENF(r)ANCE MORTIFIEE
On peut filmer "l'enfance", ses égarements, ses doutes, ses conneries... Cela peut donner de belles œuvres, rafraîchissantes, divertissantes, mélodramatiques ou légères... Curieusement, dans une France "bisounours" désemparée et paniquée, le cinéma hexagonal ne cesse, depuis une décennie, de nous servir des récits de gosses névrosés ou battus, de parents en dérive, de cas sociaux inespérés... Ras le bol le cinéma nauséabond qui se complait dans la fange des familles désunies, des parents drogués, délinquants ou alcoolos, des mères prostituées, et j'en passe... La vie vraie (des gosses), ce n'est pas QUE cela! Et si l'on veut raconter une histoire avec de la marmaille ou un orphelin, une "fiction" concernant l'enfance (malheureuse ou heureuse), fusse-telle inspirée de vécu ou purement imaginaire, il y a bien d'autres terrains (de jeux) à explorer! Sur ce registre, hors les soupes populaires récréatives (et insipides) dans le style "Guerre des boutons" à la Samuell ou à la Barratier, les scénaristes et producteurs français ont toujours pêché par militantisme à deux balles, trop "sages" dans leurs délires pour aller au-delà des lieux-communs, trop politiquement corrects dans leur rébellion de façade racoleuse pour tomber des tabous. Face au bulldozeur étasunien, dont les nivellements produisent le meilleur et le pire en matière d'enfance et d'adolescence à l'écran, le cinéma français, avec la complicité subventionnée du CNC, a bien du mal à émerger de ses déjections existentielles de super marché!
Nos "amis" européens ont tant de leçons à nous donner en matière de traitement cinématographique de l'enfance: les cinéastes allemands, espagnols ou des pays du Nord..., ou les Italiens - et je ne parle pas des sud-américains, résolument révolutionnaires dans leur cinéma sur le thème! On peut être cinématographiquement "vrai" ou en phase avec la "condition enfantine" sans pour autant ressortir de vieilles ressucées de synopsis maintes fois réécrits - à toutes les sauces du convenu et sur toutes les variations. Des cinéastes français, connus ou inconnus, mettent leur talent incontestable à réaliser des films qui tournent en rond dans un caniveau de boue, entraînant avec eux un plateau de comédiens (adultes et enfants) souvent remarquablement crédibles et touchants, mais sans parvenir à se défaire de poncifs mortifères.
Là encore, le "gratin" culturel de la cinématographie tricolore se repose sur des certitudes économico-intello-gaucho (une certaine vision de la jeunesse et de la chose familiale) trop ancrées dans un terreau pollué et permettre une création authentiquement libre et inspirée.